Un «accélérateur de foi»: le nouveau chemin de pèlerinage de Nantes à Rome
Jean-Benoît Harel – Cité du Vatican
Trois mois pour rallier la basilique Saint-Pierre de Rome en partant de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes, au sud de la Bretagne. C’est le défi que se sont lancés en septembre 2020, juste après la période du confinement, Anne-Laure et Anthony, un couple dynamique de cinquantenaires. Une aventure de 2 100 kilomètres dont la première partie, de Nantes à Besançon était à inventer, le chemin n’existant pas encore.
Habitués des pèlerinages, ayant déjà marché jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle plusieurs fois, mais aussi vers le Mont-Saint-Michel ou encore Rocamadour, le défi ne les a pas découragés et ils sont partis avec leur sac à dos pour la Ville éternelle.
Rome, «une destination naturelle»
Anne-Laure et Anthony ne sont pas les premiers en deux millénaires d’histoire de l’Église à pèleriner vers Rome depuis l’ouest de la France. Selon la tradition, le premier évêque de Nantes, saint Clair, serait venu de Rome avec un clou ayant servi à la crucifixion de Pierre, et y aurait fait construire un oratoire, devenu la cathédrale de Nantes, qui a pris le nom de Saint-Pierre et Saint-Paul.
Depuis le haut Moyen-Âge, et puis surtout après la chute du royaume latin de Jérusalem au XIIIe siècle, les pèlerins ne pouvaient plus se rendre dans la ville de la mort et de la résurrection du Christ. Rome est alors devenue la ville des pèlerinages de la chrétienté, un phénomène encouragé par l’instauration des Jubilés à partir de 1300.
Pour le couple, l’idée de départ était de suivre la Via Francigena, un chemin médiéval de pèlerinage reliant Canterbury (en Angleterre) à Rome, en traversant la France, la Suisse et l'Italie. Mais très vite s’est imposé le départ depuis Nantes, le «départ de chez soi comme les pèlerins de l’ancien temps», explique Anne-Laure.
«Si la route te manque, fais-là»
Or, le chemin n’existe pas, au moins jusqu’à Bucey-les-Gys, petit village à une trentaine de kilomètres au nord de Besançon, où se fait la jonction avec la Via Francigena. 800 kilomètres que le couple a tracé sur la carte pour traverser la France d’ouest en est.
Le chemin suit la Loire pour rejoindre Tours, où se trouve le tombeau de Saint-Martin, puis Vézelay, haut lieu de pèlerinage bourguignon, mais aussi un des départs principaux des chemins de Saint-Jacques de Compostelle. Il rejoint ensuite l’itinéraire de la Via Francigena jusqu’à Rome en passant par Lausanne, Aoste et Sienne.
Tracer le chemin de pèlerinage pour les autres
Il a fallu d’abord «valider à pied cet itinéraire», en tâtonnant et en suivant les conseils des habitants, «qui nous évitaient un détour inutile de 5 kilomètres par exemple», raconte Anthony. La deuxième étape a été de répertorier des hébergements pour les futurs pèlerins, en demandant aux paroisses qui jalonnent le parcours. C’est donc tout un réseau de familles qu'ils reçoivent chez eux: «une expérience riche tant pour l'accueillant que pour l'accueilli». Un moment de rencontre important pour le pèlerin, souligne Anne-Laure, car la Via Ligeria est encore peu fréquentée: on compte environ 300 pèlerins depuis 2022.
«Ce sont des inconnus qui arrivent le soir et ce sont souvent des amis qui repartent le lendemain matin, c'est toujours la même histoire», sourit le couple, habitué à accueillir à Nantes des pèlerins dans «une démarche d’accueil chrétien».
«Reprendre sa vie à 4 km/h»
La vie sur les chemins, qu’il pleuve ou fasse grand soleil permet de renouer avec «une sobriété choisie source d’une grande richesse», témoigne Anne-Laure. De son côté, Anthony abonde: «Lors d’un pèlerinage, on est nivelé par le bas. Ce n’est pas péjoratif, mais ça veut dire qu'on reprend notre condition d'homme sans toute la vitesse des vies actuelles».
En outre, le pèlerin se dirige vers un sanctuaire, c’est ce qui le distingue du marcheur. Et cette démarche spirituelle correspond à ce qu’Anne-Laure analyse comme un «vrai besoin de retour à la spiritualité». Les chiffres des pèlerinages le montre. Un exemple: quelques milliers de pèlerins ont emprunté le chemin de Compostelle en 1992, ils étaient 200 000 en 2013, et 438 000 en 2023.
Les kilomètres transforment celui qui les parcourt, ajoute Anthony. «On ne revient pas pareil que lorsqu'on est parti, on revient un peu différent, changé». Un changement notamment spirituel, poursuit-il, constatant parfois un retour à une pratique religieuse plus régulière. «Le pèlerinage est un accélérateur de foi», insistent les deux pèlerins, qui ont rencontré le Pape François pour lui faire connaître ce nouveau chemin.
Haltes pèlerines
Depuis leur premier chemin en 2020, Anne-Laure et Anthony ont discuté avec les communes pour baliser le chemin et ont recensé les familles disposées à accueillir les pèlerins sur le parcours. Ils promeuvent ce chemin avec des conférences, des rencontres et un récent livre*. Un travail non négligeable en plus de leurs activités professionnelles. «Mais quelle joie de mettre les gens en route, quelle joie de les voir revenir en nous disant: “c'était au-delà de nos espérances“», assure Anne-Laure.
Les deux Nantais vont bientôt repartir pour Rome, avec un groupe de pèlerins. Ils seront bénis le 8 juin par l’évêque de Nantes et prévoient d’arriver à Rome début septembre, trois mois plus tard, déjà convaincus que «cette Via Ligeria va devenir un grand chemin de pèlerinage sur lequel il faudra compter».
* De Nantes à Rome, par la Via Ligeria et la Via Francigena, Éditions Salvator
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